Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L'homme qui empile des cailloux

 

 

 

par Pascal Rebetez

 

 

Hier, j’ai rencontré un des ces hommes qui travaillent à leur propre effacement par l’accumulation des cailloux.

Certains écrivent, ne supportant pas un jour sans poser patte de mouche sur papier chiffon ou frappe de clavier sur le sable cybernétique. Ainsi en va-t-il désormais des blogueurs obsessionnels qui, au quotidien, livrent leurs pensées, leurs phrases et c’est bien un peu de la vanité, n’est-ce pas, de songer que cet exercice soulagera le monde ou forcira les esprits. De là à ce que l’entraînement soit une addiction, il n’y a qu’un pas, une course, une mécanisation ou pire, une habitude, un tic, quelque chose de répétitif, de l’ordre du fonctionnariat. Chaque jour, ma petite pensée, mon petit personnage. Chaque année, à date fixe, rituellement, mon livre paraît, terriblement poignant et essentiel, réglant les comptes les plus troubles de ma vie, en une prière aussitôt reprise à des milliers d’exemplaires et, pour faire bonne mesure, comme autrefois à la sortie de l’église, on offre au tronc des pauvres quelques poèmes hermétiques. L’ensemble des honnêtes gens ne peut que s’incliner devant tant de ferveur et de piété… Vanité, vanité !

Hier, j’ai parlé à un inconnu, un ancien taulard qui empile les cailloux au bord de la rivière. Il fait cela parce que ça lui plaît mais aussi, comme souvent les Judas repentis, parce qu’il y voit une mission, un appel aux humains, une prière à la nature.

Je suis souvent plus ému de trois cailloux empilés que de toute une bibliothèque alignée.

Je sais aussi que les deux activités ne sont pas incompatibles et que parfois les livres, comme les cailloux, se refusent au courant et aident à imaginer la beauté d’une certaine forme de résistance.

Commentaires

  • Que se passe-til, Rebetez, on vous sent un peu aigri? D'ailleurs, vous semblez jaloux de cet écrivain dont vous ne citez pas le nom, qui sort un livre par année plus un bouquin de poèmes, et qui fait aujourd'hui la une du Matin. Mais lui, il a construit son existence autour de l'écriture, il ne se disperse pas à mettre des caillous l'un sur l'autre. Il a le sens de l'oeuvre, il ne pense qu'à ça et c'est ce qui fait le vrai écrivain.

  • Et puis cette opposition entre celui qui remplit les bibliothèques, le nul, le zéro, vous comprenez, avec mécanisation ou pire, une habitude, un tic, quelque chose de répétitif, de l’ordre du fonctionnariat pour vendre des milliers d'exemplaires, et le bon, le super, celui qui VIT, qui se promène au bord des rivières et qui cause avec les taulards et qui est ému par trois cailloux emplilés, le vrai poète, quoi... Non, faut pas nous la faire... Faut pas essayer de nous expliquer où est la vanité là-dedans...

    Mais qui c'est, Denis, le vrai écrivain qui fait tellement de livres et qui agace Rebetez?

  • Juste Ciel ! Mais c'est Borges qu'on lapide !

  • Une pièce d’une histoire faisant penser à des dichotomies presque universelles . L’opposition de son propre effacement en combinaison d’un travail considéré universellement pour être vain et la vanité dans son essence pure est bien un casse-tête ne pouvant pas être renvoyé aux calendes grecques

Les commentaires sont fermés.