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Guignol's band

Par Pierre Béguin 

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Un site publicitaire décrit ainsi «la qualité de vie incomparable» dont bénéficie Genève: «Avec son lac, ses parcs somptueux et ses deux arbres par habitant, Genève est une ville verte, dans un environnement très protégé…»
Genève, une ville verte? En fait, une illusion de ville verte pour prospectus publicitaire…
Comme chaque année, avec la précision météorologique des traditionnelles inversions thermiques, la couche de pollution s’installe sur la ville verte et sur ses deux arbres par habitant. Comme chaque année, entre la fin de l’automne et le début du printemps, les particules fines prennent leurs aises élémentaires sur son environnement très protégé et ses parcs somptueux pour étouffer les malheureux qui n’ont pas de résidence secondaire sous d’autres cieux plus respirables. Et comme chaque année, feignant la surprise, les autorités sonnent le tocsin pour rappeler la dangerosité de ces poussières, sur les voies respiratoires notamment, et se répandre en communiqués laconiques ou recommandations illusoires: modérations des efforts physiques, réduction du temps d’aération des logements, utilisation des transports publics, etc. Bref, nous voilà alertés. Et alors? Alors, je respire toujours autant de particules fines et, en plus, je suis angoissé parce que je sais que je respire trop de particules fines. Du coup, il me semble que j’étouffe sous l’effet dévastateur des particules fines. Merci qui? Merci les autorités! Pourtant, en bon citoyen, j’ai essayé de suivre leurs recommandations. D’abord, j’ai arrêté de respirer, ce qui me semblait, vu les circonstances extrêmes, la solution la plus logique. Je l’avoue, par manque de volonté peut-être, je n’ai pas tenu très longtemps cette sage résolution. Puis j'ai voulu essayer le vélo. Mais comme on me disait, dans le même temps, d'éviter les efforts physiques, j'ai perdu le fil logique des recommandations. J’ai donc augmenté ma fréquentation, déjà importante, des transports publics. Mais comment augmenter ma fréquentation des transports publics lorsque, dans le même temps, les transports publics diminuent leur fréquentation sur des réseaux pourtant construits à grands frais? La ligne 12, parfaitement desservie avant les changements d’horaire du 9 décembre, est désertée, les rares trams, de préférence sans remorque aux heures de pointe, systématiquement en retard et bondés au point que la grogne y est généralisée et l’air… irrespirable!
Alors, j’ai attendu les mesures d’urgence. Si elles sont venues dans les autres cantons, à Genève, ville verte, avec ses deux arbres par habitant, on a décidé d’attendre la bise prévue en fin de semaine (bise par ailleurs modérée en plaine) tout en jugeant les mesures incitatives prises à Neuchâtel ou en Valais très intéressantes, mais préférant, selon la directrice du Service genevois de la protection de l’air (parce que, donc, faute d’avoir une protection de l’air à Genève, il y a tout de même un Service de protection de l’air, ce qui, vous en conviendrez, ne manque pas de nous rassurer) préférant, disais-je, attendre la première occasion (sic!) pour tenter de faire de même dans notre ville verte avec ses deux arbres par habitant. Le moment n’est donc pas encore venu malgré des pics de pollution dépassant le deuxième seuil d’intervention. ..
Là-dessus, je me dis que, tout de même, avec deux «verts» au Conseil d’Etat… Mais le premier est à Berne (ce qui, soit dit en passant, est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre ville verte et à nos deux arbres par habitant; pourvu qu’il y reste!) et le deuxième compte. Quant aux autres, ils dorment, font des effets de manches ou d’annonces. J’allais me résigner à l’agonie respiratoire lorsque l’Exécutif de la ville de Genève m’a rendu l’espoir. Que faisait-il, l’Exécutif, en prévision des pics de pollution prêts à fondre lâchement par surprise, comme chaque année à pareille époque, tels des Savoyards furieux, sur notre belle ville verte? Il visitait des modèles d’écoquartiers en Allemagne, à Fribourg-en-Brisgau. En voilà une solution qu’elle est bonne! Au moins, lui, l’Exécutif, comme Ducros dans les 80’s, y’se décarcasse, il s’active… sur le très long terme. En attendant, les particules fines dansent dans mes poumons pendant que Genève, ville verte, prend des mesures d’urgence…  pour accueillir le Salon de l’auto!
Genève, ses deux arbres par habitant, son cadre protégé et son guignol’s band

Commentaires

  • Excellent, Béguin!

  • Tout est relatif et le pré du voisin est toujours plus vert. Mais la «verdeur» d’une ville ne se mesure pas qu’au nombre des arbres. Cela dit il est vrai que la ville de Genève est densément construite et que ses rues sont étroites, même les boulevards faziens sont étriqués et ne permettent pas la présence de grands arbres ou si peu. Que faire? Des toits plats verts partout où l’on va rehausser les immeubles!

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