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La symphonie du loup, par Marius Daniel Popescu

Par Alain Bagnoud

Marius Daniel Popescu, c’est une personnalité. Quelqu’un qui fait réaliser à plein cette idée proustienne qu’en abordant un auteur, on se retrouve dans son individualité, dans sa vision du monde, qu’on a accès à sa subjectivité. Avec La symphonie du loup, événement littéraire de la rentrée, on est dans un roman original, mais on est aussi dans Popescu.
Dans son histoire d’abord. La Roumanie, l’enfance, l’apprentissage de la vie, la mort du père, un personnage rebelle, ennemi du parti unique, grand séducteur, écrasé par un camion plein des briques qu’il destinait à construire une chambre pour que son fils puisse venir habiter avec lui. Et, en écho, Lausanne, la vie de famille, la femme et les deux fillettes du héros.
On se trouve aussi dans une vision du monde. Une vision ample, englobante qui s’exprime dans des épisodes caractéristiques minutieusement racontés, intégrant l’exceptionnel et le banal tout aussi bien. Qui décrit un personnage singulier, un personnage qui ne peut être que Popescu, vu à travers la distance de la deuxième personne puisque le texte est médiatisé par le grand-père, qui semble s’adresser au héros.
Tout ça est dit dans une langue très personnelle. Rythmique, répétitive, martelée, ample. Composées de longues phrases juxtaposées, avec un vocabulaire simple, peu de figures de style mais un pouvoir descriptif et évocateur très fort. Ce n’est pas une écriture de nuances, d’effets raffinés, de mesure à la française. Au contraire. Popescu n’est pas dans la miniature, mais dans la fresque.
Bien sûr, j’ai entendu les reproches qu’on fait au livre : le texte n’est pas raffiné. La construction est faible. A côté de scènes évocatrices il y en a de tout à fait banales. Le volume aurait gagné à être raccourci. Il y a, particulièrement après la page 280 environ, des scènes complètement hors sujet dont la présence nous fait nous demander si les éditeurs de la maison José Corti sont arrivés jusque là dans leur lecture.
Tout ça est peut-être juste mais n’est finalement pas très important. Parce qu’on reçoit ici un chef-d’œuvre brut, et le rapport qu’on a avec lui est le même qu’on peut établir avec une personnalité bien tranchée. Soit on ne supporte pas cette présence qui submerge le lecteur et on referme le livre, agacé par ces scènes dans lesquelles un être omniprésent semble dire : tout ce qui m’arrive est important. Soit on se laisse emporter par la vision, la verve, l’énergie, les torrents de sensibilité, le sentiment d’exception, l’envie de peindre sa vie comme une destinée et soi-même comme un personnage. Alors, on est emporté par Popescu comme par un ami généreux, libre, enthousiaste, débordant de vie, curieux, profondément personnel dans sa vision et dans son expression.
Moi, vous l’avez compris, je fais partie de cette catégorie de lecteurs. J’ai marché dans ce texte hors normes, j’ai été séduit par le personnage et charrié par le flux du récit.
On peut y préférer bien sûr certaines choses. Tout n’est pas de même force. Certaines scènes roumaines sont proprement hallucinantes (l’annonce de la mort du père, le cheval martyrisé, le colis reçu à l’armée, etc.) alors que les épisodes familiaux lausannois par exemple m’ont paru longuets, peut-être parce que le bonheur est toujours un peu ennuyeux. Mais globalement, il faut bien reconnaître que La symphonie du loup marque la littérature romande par sa puissance, son originalité, sa singularité.

Marius Daniel Popescu, La Symphonie du loup, José Corti

Publié aussi dans Le blog d'Alain Bagnoud)

Commentaires

  • Très bien, votre papier sur ce diable de Popescu! Il y a en Suisse romande beaucoup d'écrivains de qualité (dont vous faites partie, M. bagnoud). Le drame, c'est que personne, ou presque n'en parle… Popescu est un déraciné génial et sa Symphonie vaut bien des cantiques et des oratorios. Un souffle frais, une langue étonnante, des images fortes qui restent longtemps dans la tête du lecteur… Un livre à lire, donc, de toute urgence.

  • Il y a quand même, me semble-t-il, un problème. Le style de M. Popescu (dont je n'ai lu, je veux bien l'avouer, que quelques pages) est celui d'un non-francophone assez peu à l'aise dans une langue qui n'est pas la sienne, et qu'on ne peut pas dire qu'il maîtrise parfaitement. La littérature est-elle à un point où on ne trouve de l'originalité que dans la maladresse? Il me semble, au contraire, que c'est la pleine emprise sur cette belle langue française qui devrait être le critère essentiel de la qualité littéraire.

  • pas d'accord, la maladresse n'a aucune importance quand il se passe quelque chose comme une bouffée de poésie et une déferlante d'images jamais vues à la lecture de ces phrases porteuses de vie, ces phrases brutes, ces phrases portées en offrande.

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