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  • En deuil des mots d’Eric

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     par Pascal Rebetez

     

    Sur le blog d’Eric Chevillard (http://l-autofictif.over-blog.com/), il n’y a plus d’intervention depuis le 21 novembre. Sa dernière phrase, dédiée vraisemblablement à son père mourant :

    Cet hôpital est un labyrinthe, ascenseurs, couloirs, portes coupe-feu, escaliers, on s’y perd et c’est miracle à chaque fois en effet d’en ressortir vivant.

    Et voilà que le gisant interrompt le disant, c’est du moins ce que j’imagine. Le père est mort et l’écrivain, le prolixe, le cynique en reste bouche bée depuis trois semaines. Et moi, lecteur, j’en prends le deuil, comme par contumace, par absence de nouvelles; les mots quotidiens d’Eric littéralement me manquent, font un creux dans ma pratique cybernétique : je me rends compte que je me suis habitué, quasi de manière « addictive », à ses petites phrases, son regard si particulier, son humour de pince-sans-rire.

    Et j’imagine qu’il n’a pas envie de rire, Eric, face à la mort de son père. Je sais ce que c’est : j’ai perdu le mien il y a cinq ans et ça m’a fait aussi le coup de la panne : rien à dire, encore moins à écrire, on est coquille vide, sonné, abasourdi. Dorénavant, on n’écrira plus qu’en orphelin, qui est aussi ce qu’on appelle l’âge d’homme, l’état d’adulte. L’écriture gagnera en solidité, elle perdra son innocence.

    Mais chut, le deuil de l’écrivain c’est le requiem de la page blanche.