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  • UNIGE: un programme de rééducation des citoyens

     Par Pierre Béguin

     Un article paru dans la Tribune de Genève de mercredi dernier pourrait faire froid dans le dos si on le soumettait à une petite analyse critique. De quoi s’agit-il? Ni plus ni moins qu’un programme de rééducation des citoyens:

    Le professeur Tobias Brosch, de la FPSE, a confectionné un catéchisme redéfinissant tout à la fois ce que nous devons apprendre à reconnaître, nos devoirs moraux ou religieux, nos comportements appropriés et les modèles à suivre dans nos actions.

    Dans quel contexte? Le Geneva Science-Policy Interface (GSPI) «met en place des policy briefs, dont le but est de synthétiser la littérature scientifique publiée sur un domaine particulier, la vulgariser et la transmettre aux bonnes personnes au bon moment». C’est dans ce cadre que le professeur Tobias Brosch, de la Section de psychologie de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) de l’UNIGE, a empoigné la question du comportement face au changement climatique.

    Son étude «fait ressortir cinq catégories de barrières qui empêchent l’individu de modifier son comportement en vue de contrer le changement climatique.» Pour chacun de ces types d’obstacles, «le chercheur genevois émet ensuite des recommandations pour les faire tomber

    Des «recommandations», soutient-on. Sauf qu’elles forment un véritable programme de rééducation des citoyens, en cinq points.

    1. Rééduquer la perception

    La première «recommandation» vise la rééducation de notre perception. Le phénomène du changement climatique est «abstrait»: il n’est pas directement perceptible. Ce pourquoi il faut le «traduire» en «expériences concrètes». Lui substituer une «réalité virtuelle» mettant son impact à portée de nos sens. Traduction: le changement réel n’étant pas frappant, il faut le remplacer par une simulation de changement qui marque les esprits. On évacue donc le réel, impropre à matérialiser une certaine idée, au profit d’un ersatz de réalité qui lui correspond. Par le truchement d’un artefact, on nous inculque ce qu’on doit, sinon percevoir, du moins s’efforcer d’entrevoir. Quitte à labeliser "réchauffement climatique" toute inondation, incendie ou événement météorologique?

    1. Apprendre l’intérêt bien compris

    La deuxième «recommandation» vise à apprendre l’intérêt bien compris, soit l’intérêt personnel comme moteur des conduites humaines. Puisque les gens «ne voient pas» pourquoi changer de comportement, on va le leur apprendre! Comment? En leur faisant comprendre combien les attitudes écoresponsables leur sont personnellement «bénéfiques» et profitables: rouler à vélo est bon pour leur santé, partager accroît leur cercle d’amis, acheter une voiture électrique leur confère un nouveau statut socio-économique. A l’instar de l’animal dont on a conditionné les réflexes par l’octroi de récompenses, le citoyen va finir par réaliser qu’il a personnellement intérêt à changer ses habitudes. A fortiori quand il verra qu’on décerne des «prix qui récompensent un comportement».

    1. Rénover la morale et invoquer la religion

    La troisième «recommandation» vise la rénovation de la morale. «(…) agir pour le climat ne fait pas encore partie des devoirs pour être une bonne personne» (nous soulignons). Il va donc falloir insérer la défense du climat dans le Décalogue. Mais comment faire admettre l’idée d’un devoir moral envers le climat? En faisant appel à la religion: aux «déclarations du Pape François qui fait de la protection de la planète un devoir religieux».

    1. Fabriquer des modèles sociaux

    La quatrième «recommandation» vise la fabrication de modèles sociaux. «Si l’on constate que les autres ne font rien pour protéger le climat, il est difficile de consentir soi-même à des sacrifices.» Autrement dit: pourquoi ferais-je ce que les autres ne font pas? Erreur d’appréciation! De plus en plus de gens se mobilisent et agissent. C’est du moins ce que devra inculquer dans les esprits un battage médiatique bien orchestré: «communiquer un maximum sur le fait que de nombreuses personnes agissent pour le climat», faire des «manifestants» et de «l’effet Greta» un «moteur» d’action. Si l’on n’était pas certains d’œuvrer pour le Bien, on appellerait évidemment cela de la propagande. Une propagande dont un bel exemple nous a été fourni par l’émission Mise au point du 26 janvier 2020, sur le TSR1, qui «tournait en bourriques» les Suisses obtus opposés aux éoliennes en leur montrant leurs voisins autrichiens déployant des géantes à hélices à n’en plus finir pour leur plus grand bien-être !

    1. Enseigner les bons comportements

    La cinquième «recommandation» vise à enseigner les bons comportements. «Souvent, les individus ne savent simplement pas quoi faire pour contrer le changement climatique à leur échelle», ou bien ils ont appris des gestes dérisoires: par exemple «éteindre la lumière» en quittant une pièce. On va donc leur enseigner les bons gestes, ceux qui produisent des effets visibles: réduire les déplacements en avion, rouler à vélo, isoler sa maison et diminuer sa consommation de viande.

    Les cinq obstacles à la défense active du climat seront tantôt levés par le programme de mesures pensé par Tobias Brosch. Car il sera remis à nos édiles: «il convient de transmettre ces recommandations aux autorités politiques qui, elles, peuvent inciter les citoyens à modifier leur comportement.» En d’autres termes, Conseil d’Etat et Grand Conseil vont nous dire sous peu comment nous devons vivre. L’Académie s’y mettra aussi: «les autorités politiques, tout comme les autorités académiques dont l’UNIGE, doivent (…) œuvrer à la recherche et à la communication des actions possibles pour tout un chacun.» Science et politique seront rapidement rejoints par le pouvoir judiciaire, puisqu’un tribunal vaudois a déjà légitimé l’infraction aux lois et la désobéissance civile au nom de l’urgence climatique. Quand tous les pouvoirs ne font plus qu’un, ne parle-t-on pas de régime autoritaire ?

    A l’heure où la Russie et la Chine s’ouvrent à l’économie de marché et se libéralisent peu ou prou, améliorant le niveau de vie de leurs citoyens, l’Occident s’enferre dans la voie totalitaire d’un communisme écologique. Ironie de l’histoire, lors de la chute du Mur de Berlin, on pensait le capitalisme victorieux sur un communisme à l’agonie. Et voilà que ceux mêmes qui fêtaient le triomphe de l’économie de marché adhèrent aujourd’hui à un néo-marxisme. Rien n’y manque: le rêve de gouvernance mondiale, l’idéologie totalitaire, le dogme intangible, le pouvoir central, la censure inquisitrice, l’instrumentalisation de la jeunesse, la propagande et ses cohortes de commissaires du peuple. Le tout dans le silence assourdissant, ou avec la complicité intéressée, de maints défenseurs traditionnels du capital et de la liberté de commercer, sous le prétexte d’une apocalypse proche, ou du moins de terribles catastrophes qu’on nous annonce aussi imminentes que certifiées scientifiquement. Au point de justifier tout et n’importe quoi, même des programmes de rééducation des citoyens officialisés dans l’une des plus vieilles démocraties du monde?

    Et cela ne vous interpelle pas? Moi si!

  • Rémy Pagani et le réchauffement climatique

    Par Pierre Béguin

    «Un cadeau de Noël» selon Christian Monteil, président du département de la Haute-Savoie, qui salue par cette formule la signature le 24 décembre dernier par le premier ministre français d’un décret déclarant d’utilité publique les travaux d’un tronçon autoroutier entre Machilly et Thonon-les-Bains. Le projet de liaison à péage de 16,5 km sera géré par un concessionnaire privé, et permettra de relier Thonon à Annemasse, facilitant ainsi l’accès à Genève pour les frontaliers. Le décret gouvernemental tombe neuf jours après la mise en circulation du Léman Express, dont le tracé est quasi identique. De quoi heurter les associations de défense de l’environnement dans la région. Et bon nombre d’élus genevois…

    Parmi eux, Rémy Pagani, pris à parti vendredi dernier par une excellente journaliste de Radio Lac – une des seules rédactions encore un peu incisives actuellement – qui fait remarquer judicieusement à notre élu genevois, beuglant à tue-tête contre cette réalisation scandaleuse et absurde, qu’il avait lui-même, en 2016, donné son aval à ladite réalisation en signant en bonne et due forme un accord en ce sens avec les représentants de Haute-Savoie. Et Pagani, pris la main dans le sac de ses incohérences, de très mal se défendre en prétendant qu’à l’époque (en 2016 donc, pensez-donc, la préhistoire!) il n’y avait pas d’urgence climatique!!!

    On croit rêver! L’urgence climatique au secours des incohérences de nos élus! Qu’elle ait déjà servi à toutes les sauces, des tornades aux incendies en passant par les inondations et le manque de neige dans nos stations, passe encore! Mais à justifier les grands écarts idéologiques de nos édiles, ça c’est nouveau. Bien sûr, être politicien en Suisse, c’est avant tout exercer l’art du compromis: «je te donne ça mais tu me donnes ça en retour». Ce qu’a très probablement dû faire Rémy Pagani en signant cet accord. Mais alors pourquoi simplement ne pas l’admettre et l’expliquer au lieu de vociférer contre un projet auquel on a officiellement donné son aval? A croire que nos politiciens ont simplement perdu l’habitude d’avoir, face à eux, des journalistes qui font encore leur travail au lieu de leur servir la soupe.

    Pour rappel à Rémy Pagani, en 2016 donc, le CEVA était en construction (on nous l’avait promis pour 2017) et le GIEC, créé en 1988 pour étudier les causes du réchauffement climatique et son impact sur la planète, nous prédisait depuis longtemps, bien avant Greta, la disparition des neiges, des glaciers, des pôles, la montée des eaux, les réfugiés climatiques par millions et la fin du monde dans les deux ou trois ans.

    Mais que faisait donc Rémy Pagani en 2016, à part signer des accords autoroutiers avec la France? Telle est la véritable question qui nous préoccupe...

  • L'ogre Matzneff

    Par Pierre Béguin

     

    «Matzneff était tout ce qu’on apprend à redouter dès l’enfance: un ogre» écrit Vanessa Springora dans son livre Le Consentement, qui vient de paraître chez Grasset et qui soulève déjà une énorme vague de scandale dans les milieux intellectuels et médiatiques parisiens. Un scandale où transparaît la gêne – c’est un euphémisme – de l’incroyable «consentement» des intellectuels et des médias, dans les années 70 – 80, face à la pédophilie alors parfaitement acceptée, pour ne pas dire encouragée, par toutes celles et ceux qui se revendiquaient d’une pensée progressiste. J’en veux pour preuve l’essai du désormais pestiféré Gabriel Matzneff, Les amours de 16 ans (1974, réédité en 2005), véritable mode d’emploi pour pédophiles, où l’auteur explique comment il choisit ses proies dans les familles les plus chaotiques et désunies. Si on peut légitimement ne pas souscrire à la métaphore «prédateur sexuel» qui propage l’idée que nous serions entourés de bêtes sauvages déguisées en êtres humains, il faut bien admettre qu’elle convient parfaitement à l’auteur d’un tel livre. Et je ne crois pas m’égarer en supposant que lui-même l’aurait revendiquée.

    Qu’on prenne le temps – ce n’est pas long – de revoir sur internet cette fameuse émission d’Apostrophe du 2 mars 1990, dont je me souviens parfaitement tant elle a provoqué alors en moi l’effet d’un véritable coup de hache: pour la première fois, quelqu’un osait publiquement dénoncer les outrances d’un écrivain – c’est-à-dire, à cette époque, un intouchable – appartenant à une clique intellectuelle qu’on nous vendait comme des gourous de la pensée progressiste! Vous y verrez un Bernard Pivot toujours débonnaire présenter son invité sur un ton amusé: «Gabriel Matzneff, vrai professeur d’éducation sexuelle qui donne volontiers des cours en payant de sa personne». Et toute l’assistance de rire, femmes et hommes, à commencer par l’intéressé qui trône tel un pharaon. Toute l’assistance? Non. Car une petite femme résiste à l’envahisseur pédophile, la bien nommée Denise Bombardier: «Moi, je crois que je vis sur une autre planète, commence-t-elle tranquillement avant d’asséner son verdict à rebrousse-poil, Monsieur Matzneff me semble pitoyable: les vieux messieurs attirent les petites filles avec des bonbons, Monsieur Matzneff, lui, les attire avec sa réputation…» Et notre Québécoise iconoclaste de mettre en évidence le véritable problème que tout téléspectateur lambda muni d’une once de bon sens avait déjà formulé dans sa tête sans oser l’exprimer, mais que la grande majorité des intellectuels et des médias ont mis plus de trente ans à comprendre: «Ce que l’on ne sait pas, c’est comment s’en sortent-elles, ces petites-filles, après coup?» On voit alors Matzneff s’indigner avec l’aplomb d’un diplomate protégé par son immunité: «Heureusement pour vous que je suis un homme courtois, parce que je trouve insensé de parler comme vous venez de le faire…» On croit rêver! Qui est l’insensé? Les rôles se renversent sous le consentement implicite des invités, à commencer par celui d’Alexandre Jardin, d’habitude si prompt à s’indigner dans ses livres.

    Denise Bombardier expliquera plus tard que son éditeur, qu’elle avait prévenu de ses intentions de s’opposer à Matzneff, lui avait conseillé, avant l’émission, d’éviter tout esclandre: «Si tu dis cela, ils vont casser ton livre!» Hommage lui soit rendu d’avoir eu le courage de passer outre.

    Dans un autre livre, Une vie sans peur et sans regret, elle donne cette anecdote aussi truculente qu’édifiante. Peu après l’émission, face à l’énorme polémique que son intervention a soulevée dans les médias parisiens, elle reçoit une convocation du Président Mitterand. Ce dernier craint qu’une part de la polémique ne rejaillisse sur des propos qu’il a tenus à Matzneff lors d’une réception d’écrivains à l’Elysée: «Cher Matzneff, continuez votre bon travail!» Imaginez le sens que pourraient prendre ces propos! Une prise de distance officielle s’impose. «Il est vrai que j’ai pu lui trouver quelques qualités, dit-il à Bombardier sur le ton de l’aveu, malheureusement il a sombré dans la religion orthodoxe et la pédophilie» (ndr: Notez l’ordre des reproches), avant de conclure «Vous connaissez le milieu parisien, ils veulent toujours être affranchis de tous les codes, de toutes les morales». En fin stratège, Mitterand savait très bien que Denise Bombardier irait répéter ses paroles un peu partout. Ce qu’elle ne manqua pas de faire. Objectif atteint.

    Mais il en est d’autres, moins intelligents, qui n’ont pas senti le vent tourner. Philippe Sollers: «C’est une mal baisée»; ou encore Jacques Lanzmann dans Libération: «Que la mal baisée retourne sur ses banquises et se gèle le cul!» On a connu ce dernier plus inspiré comme parolier…

    1990 – 2020. Les temps ont radicalement changé. Trente ans plus tard, Gabriel Matzneff, qu’on avait allègrement oublié comme écrivain, revient sous les projecteurs en paria, en criminel. Son éditeur l’abandonne, ses thuriféraires se taisent, ses détracteurs s’acharnent. Tout vibre, tout résonne dans cette affaire qui interroge les consciences, les silences, les soutiens, qui accuse toute une époque et son concert d’idéologies progressistes devenues douteuses ou criminelles. Il faut savoir pourquoi l’Etat français accorde une pension à Matzneff qui ne vend plus un livre depuis belle lurette, pourquoi Gallimard l’a édité, pourquoi Sollers l’a soutenu et publié dans sa collection, pourquoi le mouvement LGBT était alors acteur de la défense de la pédophilie (on pense à Gérard Bach-Ignasse, père fondateur du PACS et militant pédophile), pourquoi des intellectuels aux noms aussi prestigieux que des Roland Barthes, des Simone de Beauvoir, des Patrice Chéreau, des Bernard Kouchner, des Jack Lang, des Gilles Deleuze, des Jacques Derrida, des Michel Foucault, des Michel Leiris, des Alain Robbe-Grillet, des Jean-Paul Sartre, des André Glucksmann et même des Françoise Dolto (et j’en passe) ont signé en 1977 une pétition en faveur de la dépénalisation de la sexualité de l’enfant, présentée alors comme une reconnaissance du désir de l’enfant et de son épanouissement,… comme, par exemple, le rapporte de son expérience d’aide-éducateur dans un jardin d’enfants autogéré une autre icône de l’époque: «Il m’est arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais: - Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même (…) J’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux» (D. Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, Belfond, 1975).

    Oui, il faut savoir pourquoi, en ce temps-là, certains, comme Matzneff, ont pu prendre leurs propres pulsions pour celles des enfants et les faire passer pour des histoires d’amour, pourquoi, avant les années 90, homosexualité et pédophilie se tenaient fièrement côte à côte, pourquoi des idéologies dites «progressistes» ont pu imposer une telle accoutumance à l’intolérable, au point que des propos maintenant aussi évidents que ceux tenus alors à Apostrophe par Denise Bombardier passent pour des outrances conservatrices inadmissibles. C’est la grande lessive de la culpabilité.

    En ce sens, le cas Matzneff pourrait être le prologue d’une longue série. Personnellement, je parierai sur le contraire: devant l’énormité de la boîte de Pandore qu’on s’apprête à ouvrir, des noms célèbres qu’on devrait salir, de la culpabilité face au consentement de ses acteurs et des dangers inhérents à une chasse aux sorcières, je gage qu’on se contentera d’en faire un exemple suffisant pour se donner bonne conscience mais dont on ne reparlera plus guère dans quelques mois. Tout le monde n’a pas le courage de Denise Bombardier…

    Ce qui m’interpelle davantage encore, c’est ce constat: chaque époque juge la précédente avec la condescendance ou le mépris que l’on accorde à des temps révolus, et l’on s’étonne que les outrances d’alors, les délires, voire les crimes, tout ce qu’on cataloguait avantageusement sous l’étiquette «progressiste», n’aient rencontré, de la part de contemporains, que soutien ou consentement. Les idéologies des années 70 – 80 ont enfanté des libertés extraordinaires en même temps que des monstres intolérables. Notre époque de bien-pensance, qui revendique aussi l'étiquette «progressiste» comme elle relègue aussi toute opposition à celle d'affreux conservatistes, n’est pas moins avare d’outrances, de chasses aux sorcières, de délires, avec le pouvoir magique de légitimation, même de l’inacceptable, que contient ce terme. Je me demande qui, dans trente ans, seront les Denise Bombardier et les Gabriel Matzneff des années 2020, qui siégera au banc des accusateurs et qui s’assiéra sur celui des accusés. Car des accusateurs et des accusés, il y en aura, c’est une certitude. Et, comme c’est maintenant le cas pour les années 70 – 80, ces accusateurs pourraient bien être celles ou ceux que l’air du temps a vilipendé, et ces accusés celles ou ceux dont notre époque légitime les idéologies. Qui sait? De progressiste à accusé, de gourou à pestiféré, parfois, seuls trente ans nous séparent. Et ce n’est pas Matzneff qui va me contredire…