Marinette Matthey, l'orthographe et la littérature (11/09/2009)

Par Alain Bagnoud

 

Marinette%20MattheyParSabine%20Papilloud_3.jpgLe livre de Marinette Matthey devait susciter la polémique. Evidemment. On en a un exemple ici: lisez les commentaires qui suivent l'article d'Antonin Moeri sur Au plaisir de dire.

Une socio-linguiste qui tente d'expliquer par sa biographie comment on en vient à adopter un point de vue distancié sur les langues prête le flanc aux attaques. Surtout si en plus, elle défend la simplification de l'orthographe.

Il y a bien d'autres choses dans les chroniques rassemblées par Marinette Matthey, précédemment parues dans des journaux. Elles sont passionnantes, vives, parfois provocatrices, taillées pour le grand public. Je cite les thèmes principaux du livre. Nouvelles technologies et écriture. Les femmes dans la langue. Les mots du politique. Langues des uns, langues des autres. L'école. Histoire de mots.

De quoi alimenter bien d'autres débats. Sur la langue et les femmes, par exemple. Ou la langue et le politique. L'auteure (elle tient à ce e caudal pour des raisons que son livre explique) par exemple montre que le lexique dépend des idéologies. Que la langue est donc au service des groupes dominants. C'est convaincant.

Il y aurait des choses à dire là-dessus, mais évidemment, la polémique se focalise surtout sur l'orthographe, considérée comme un tableau de maître par des gens crispés qui n'ont manifestement aucune notion de l'histoire de la langue. Personnellement, je ne vois pas en quoi le fait d'écrire maitre au lieu de maître appauvrit plus la langue que le fait d'écrire connaissait au lieu de connaissoit. C'est évidemment l'usage qui doit primer.

Mais là où je me démarque du livre, c'est quand je vois que Marinette Matthey, en tant que linguiste, ne considère la langue qu'en fonction de la communication. Deux ou plusieurs interlocuteurs échangent des phrases et se comprennent. Pas d'équivoque entre eux. Tout est ouvert. Voilà l'idéal.

La littérature, chose qui m'intéresse surtout, ce n'est pas cela. Les chefs-d'œuvre disent plus que ce qu'on peut comprendre. Il y a toujours en eux un substrat d'ombre, d'obscurité. Nous les relisons encore et encore, nous découvrons de nouvelles choses. Je ne suis pas en situation de communication égalitaire avec Proust ou Céline. Les grands auteurs repoussent la frontière de l'indicible. Je ne les comprends pas, pas totalement, mais ce que je comprends, c'est que leur langue est plus grande que la mienne et dit plus que la mienne...

 

Marinette Matthey, Au plaisir de dire, L'Aire

 

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