Le prix des chiottes (28/02/2008)


 

par Pascal Rebetez

 

Sur plusieurs portes d’entrée de ma rue, une annonce a été apposée qui offre une place de garage souterrain pour voiture. Prix mensuel : 187.30 !  On admire la déclinaison des centimes, ce qui est supposé donner l’impression qu’un puissant calcul a permis de fixer le juste prix du havre automobile. Il semble d’ailleurs que cela soit les prix moyens du marché de l’habitat carrossier à Genève. La voiture mérite-t-elle autant ?

Je payais ce prix-là, il y a trente ans, pour un trois pièces, certes aux allures modestes, mais vivable et terriblement vivifiant pour les étudiants que nous étions alors.

187 francs, c’est aussi ce qu’on touche grosso modo en tant qu’allocation familiale pour un enfant.

187 francs, c’est ce que laissent en moyenne annuelle les cinq millions de clients des maisons de jeux en Suisse. Ça n’a aucun rapport, mais justement, le prix du parking aussi n’a plus aucun rapport avec la réalité et surtout avec la vie telle qu’elle devrait être.

Les voitures, gamins, on les appelait des chiottes. L’avenir nous a donné raison. Ce sont des chiottes, dorées peut-être, mais des sacs à merde et à problèmes quand même. En ville, c’est une catastrophe, une puanteur incroyable, sans parler du bruit. Je le sais, je roule à vélo, et pas que dans les beaux quartiers. Et de voir tous ces conducteurs en solo, aller et venir jour après jour, qui pour tenter de gagner sa vie et le droit à une plus belle cylindrée, qui pour dépenser et poser son véhicule dans une autre place de parking à 187 francs, ce qui fait 374 francs par mois rien que pour avoir le droit de poser sa bagnole chez soi et près de son lieu de travail, après avoir subi une bonne dose de bouchons et de stress et après avoir produit sa dose quotidienne de particules fines … quelle bêtise ! quel ridicule surtout. J’ai envie de leur dire aux automobilistes qui s’évertuent comme des lemmings à se fondre dans le courant, mais stop ! arrêtez ! laissez la place et l’air libre aux transports publics, aux vélos, aux taxis, aux piétons ! Ne soyez pas ridicules ni ringards avec vos chiottes à brosses. Laissez tomber ce mauvais goût, avant qu’on se moque de vous !

Donc 187 francs, disais-je, ce qui laisse bien supposer que les automobilistes seront toujours d’accord de payer. Ce qu’il faut pour réduire le trafic, c’est qu’une majorité désormais se paie leurs têtes. Qu’on se moque des chauffeurs ! Qu’on les ridiculise ! Qu’ils se sentent dépassés, plus à la mode, stupides : ils arrêteront d’eux-mêmes leur moteur.

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